AVEYRON J3 G2 G3 La transhumance
Des vaches déguisées en fleur
Un titre bien à propos pour décrire la transhumance aveyronnaise. Nous sommes dimanche 22 mai. Les « Fleurs de l’Aubrac » sont depuis la veille parquées pour leur montée en estive. Elles nous attendent. Sonnailles et colliers de fleurs ornent leurs encolures. La corne est fière, l’œil souligné de noir. Juste des fleurs pour les randonneurs de Lous Passa Camins.
Une joute, chantée, s’amorce entre béarnais et aveyronnais. La première vache prend le chemin de l’Aubrac, séparée de sa progéniture, qui, elle, rejoint l’estive en bétaillère. Quelques mères ont gardé leurs broutards qu’elles rappelleront à l’ordre tout au long des dix kilomètres qui séparent le corral de départ du village d’Aubrac. Asphalte de bout en bout. S’élève du troupeau une clameur de meuglements et de tintements de cloches.
Au cul des vaches, chacun est tenté de s’improviser vacher surtout que l’on a tous en main nos bâtons de marche. Personne ne va au delà de l’intention. Côté vacher, ce n’est pas la même histoire : le randonneur imprudent se voit rappelé à l’ordre d’un petit coup de bâton. Vaches et randonneurs progressent d’un même pas. Une calèche tirée par deux chevaux ferme la marche. Deux Mérens aussi noirs que les vaches sont fauves.
Le ciel est sombre et le vent souffle. Le cortège sème la pagaille dans les troupeaux qui ne montent pas en estive. Elles sont pourvues de mille appas ses « Fleurs » de l’Aubrac. Elles font les belles et attachent à elle un énorme taureau au toupet frisé. Lui veut conter fleurettes. Elles sont tant qu’il ne sait plus où donner de la bouche. Aucune ne lui prête attention. Le souffle de la liberté a un autre parfum. Elles préfèrent prendre la clef des champs.
L’ascension se poursuit. Le flanc des vaches se soulève sous l’effort, bouche fermée. Les pieds chauffent. Il est près de onze heures. Le village d’Aubrac accueille son premier troupeau et le buron, des randonneurs affamés. Ceux de Lous Passa Camins à faire à pied le chemin du retour regrettent cette option. Et l’aligot avalé à la course ne sera qu’un vague souvenir de retour au point de départ. Trempé mais le cœur en fleur.
Isabelle


